2016年7月31日 星期日

鄧九雲,〈未來回憶〉

Chris Marker, La jetée (1963)

«Il courut vers elle. Et lorsqu'il reconnut l'homme qui l'avait suivi depuis le camp souterrain, il comprit qu'on ne s'évadait pas du Temps et que cet instant qu'il lui avait été donné de voir enfant, et qui n'avait pas cessé de l'obséder, c'était celui de sa propre mort.»

— Chris Marker, La jetée (1963)

"'I remember, Brod writes, 'a conversation with Kafka which began with present-day Europe and the decline of the human race. 'We are nihilistic thoughts, suicidal thoughts that come into God's head,' Kafka said. This reminded me at first of the Gnostic view of life: God as the evil demiurge, the world as his Fall. 'Oh no,' said Kafka, 'our world is only a bad mood of God, a bad day of his.' 'Then there is hope outside this manifestation of the world that we know.' He smiled. 'Oh, plenty of hope, an infinite amount of hope — but not for us.'"

— Walter Benjamin, "Franz Kafka: On the Tenth Anniversary of His Death" in Illuminations (1968)

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「剛才親吻過後的四十八分,我決定不再做一個『普通女演員』。

我下這決定時,正站在廚房喝用薄荷葉與迷迭香泡的水,科學研究說水是有記憶的,把相同的水放入不同的花朵,過幾天可以看見水分子的形狀會出現水裡花瓣的輪廓。所以我喝下的這些水裡的分子都有薄荷與迷迭香的形狀,而剛剛接觸到我嘴唇的那部份水,會跟杯子裡剩下的水產生區隔,或許會加入關於親吻的一些元素,譬如嘴唇、口水、動情激素等。至於已經進入我身體的那部分的水,會帶著他原本的記憶滲入我要成為一種『非普通演員』的決定。

我把沒喝完的水杯遞給一個小時前跟我親吻的人,告訴了他我的決定。許多人會愛上我所扮演的角色,他也是其中之一。那些角色遠遠超過真實的我,而愛上的人總需要一些時間才會發現。

—為什麼?
—我再也不想在舞台或鏡頭前面成為某個人,說著編劇認為那個人該說的話。
—嗯 ……
—不過,我還是想做演員,只是我想要用一種可能這世界目前還沒有存在過的方式,重新建立起我、角色與觀眾的關係。
—什麼樣的方式?
—首先,我想扮演的角色是要真實存在過的。
—像傳記電影那樣?
—可以這麼說,但傳記電影都是一些偉人。那些人都跟我的觀眾沒有非常靠近的親密關係。
—妳的觀眾會有多少人?
—一個。一次一個。
—所以妳想要扮演觀眾現實生活裡真實存在的人?
—是的。
—那該如何處理外在的造形樣貌?
—如果你靠得夠近,『任何人』都可以成為『那個人』。他的眼睛鼻子嘴巴會突然存在在你面前,或者說,開始存在起來。
—有點難懂。
—就像光與時間是平行的,不受限在三度空間裡,所以它們可以說是存在於四度空間的。我覺得人類內在的情緒是有機會轉化成一種類似光的概念,然後與時間的概念平行。觀眾心裡的那個人或許因為某些原因,再也無法出現在他的生活空間裡。但他與觀眾的連結卻沒有因此斷裂,形成一種懸空的狀態。那種東西放在身體裡面久了,往往會變成一種缺口,一旦有了缺口,就不知道會讓什麼奇奇怪怪的東西都跑進去。或許我可以藉由實質的扮演過程,重新修理這些聯結,處理缺口。
—聽起來像一種心理治療。
—更精確地說,是為觀眾創造獨一的『未來回憶』。
—像進入了蟲洞,到了另一個世界。
—我們假設,那裡同時存在我們,包括那些已經見不到的人。
—或是那些人去了那個世界。
—我試圖創造一種與時間軸並存的東西,用想像建構出實質的經歷過程,創造所謂『回憶』的東西。
—這麼說,妳就是光。」

(收錄在《暫時無法安放的》,pp.99-101)

2016年7月19日 星期二

Pour toi, Sandra

Charlotte Véry dans Conte d'hiver (1994)

« Tu sais, tu me rappelles quelqu'un dans un film. Conte d'hiver, c'est un film d'Éric Rohmer, tu le connais ? Non non, mais ça va, c'est pas grave. Eh bien, je sais pas, c'est peut-être la façon dont tu souris. C'est que, quand tu ris, t'as l'air maladroit, gêné même. Mais en même temps, cette maladresse qu'on ressent chez toi est aussi quelque chose de très attirant, quelque chose de très fascinant. Car, au-delà ou plutôt en deçà de ce sourire maladroit, il y a toujours une tendresse (euh non, pas la tendresse, c'est pas le mot que je cherche, comment on dit . . . une gentillesse, voilà!). C'est un peu comme si ton sourire était une visière qui te protège contre la méchanceté et l'absurdité du monde mais, arrivant seulement à en faire semblant, tu es maladroite, ce sourire se déséquilibre d'où s'ouvre une lacune à travers laquelle on entrevoit le fond de ton cœur battant, un cœur si chaleureux avec lequel tu arrives jamais à t'endurcir, jamais à perdre ta tendresse. Et oui: t'es maladroite parce que tu es gentille, trop gentille même. Et enfin, c'est précisément cette "mystérieuse faiblesse" de ton visage qui m'a attiré, comme tu m'attire maintenant, si profondément. »


2016年7月18日 星期一

〈巴黎,德州〉



—我曾經認識這樣的人。
—什麼樣的人?
—.  . . 這兩個人,他們彼此相愛。女孩那時還非常年輕,我猜大概17、8歲吧,而男人則 . . . 已經有點年紀。他有點邋遢,有點瘋瘋的,而她則非常美麗,妳懂嗎?
—嗯。
—而只要在一起他們就好像能把一切都變成一場冒險,女孩喜歡那樣子的生活。就算只是每天去雜貨店的路上,好像總也充滿驚奇似的。然後他們總是為著些愚蠢的事發笑,他就喜歡逗女孩笑。然後 . . . 他們一點也不在乎世界上的其他東西,因為和彼此在一起就是他們想做的所有事了。他們總是黏在ㄧ起。
—聽起來他們好像很幸福啊?
—是啊,的確,他們真的很幸福。而他 . . . 他比自己所能夠想像的還要再更愛那女孩。嗯,當他白天去工作的時候,他根本無法忍受自己的女孩不在身邊。所以他就不幹了:就為了能在家裡陪她。然後當錢要用光時,他就又找了另一份工作, 然後之後又不幹了!但當然沒多久,女孩便開始擔心了。
—擔心什麼?
—錢吧,我猜。錢總是不夠花。
—嗯哼。
—而且永遠不知道下一筆錢什麼時候會來。
—嗯哼,我懂那心情。
—所以他就開始有種從內在被撕裂的感覺。
—那是什麼意思?
—就是當然他明白自己必須工作才能養活女孩,但另一方面他又離不開她。
—嗯瞭解。
—而且只要他離女孩離得越遠,他就會變得越瘋癲:直到有天他終於瘋過頭了。他開始自己幻想起各式各樣的事情。
—像是?
—像是他開始認為女孩暗自偷偷地跟其他男人來往。他會ㄧ下班回家就開始指責她與別的男人共度了一天,對女孩大吼,在拖車裡亂砸東西。
—在拖車裡。
— 對,他們住在一個旅行拖車裡。

(沈默)

—呃,先生不好意思噢,我想問你前幾天是不是有來過?這可不是在刺探你的隱私噢!
—沒有啊。
—噢。剛剛有一瞬間我以為我好像聽過你的聲音這樣。
—並沒有,那不是我。
—嗯哼。嗯,請繼續!
—總之,他開始酗酒,他會在外面混到很晚才回家,為了要測試她。
—「測試她」是什麼意思?
—測試看看她是不是會嫉妒。
—哈!嗯哼。
—他希望女孩會嫉妒,但她並沒有。她只是很擔心他,而這讓他更氣了。
—為什麼?
—因為,他認為如果女孩從不為他感到嫉妒的話,那代表她根本不真的關心他。嫉妒,對他來說,是女孩的愛的證明。然後有一天,有ㄧ天女孩突然告訴他說她懷孕了。已經三、四個月的身孕了:他根本完全不知情。於是所有的一切突然改變了。他不再酗酒,找了一份穩定的工作。現在他終於確認女孩對他的愛了,因為她懷了他的孩子。而且他打算把自己所有都奉獻給女孩,要給她一個溫暖的家。然而有趣的事開始發生了——
—蛤?
—一開始他甚至一點都沒發覺:是女孩開始改變了。從小孩出生的那天起,她漸漸對生活周遭的一切感到厭倦。她對那一切都感到憤怒。甚至連她的孩子似乎都只像是上天對她的不義一般。於是他不停地嘗試讓一切變得更好:他會送女孩禮物,每週帶她去吃一次好料的。但似乎沒有任何東西能讓女孩滿意。整整兩年,他拚命試圖把整個家維繫在一起,希望能回到他們剛認識彼此的樣子。但終於,他明白那是不可能的。所以他又開始喝了。而且這次,事情是真的大條了。有天晚上,當他回家——現在女孩已經不再擔心他,當然也不可能會嫉妒——事實上女孩只是,氣瘋了。她開始指責男人讓她懷孕就只是為了把她綁住,不讓她走,她告訴男人她夢見自己從他身邊逃跑,且那就是她現在所能夢見的唯一一件事:逃跑。她看見自己赤裸地跑在夜晚的高速公路上,穿過田野,越過河床,不停地奔跑。但最後,總在她就要成功地逃脫前,男人總會出現。男人總是能以某種方法阻止她。他會就這樣突然出現,然後把她擋住。而當女孩告訴男人這些夢時,他也就相信了。他知道他必須阻止女孩,否則她就會永遠從他身邊離開。所以他把一個牛鈴綁在女孩的腳踝上,這樣子當半夜女孩試圖下床時,他就能聽得一清二楚。然而女孩想到了消音的方法:把襪子塞進牛鈴裡,然後躡手躡腳地下床,出門,遁入黑夜。有一夜,當襪子從鈴中掉出來時,女孩被他逮住了:他聽見女孩試著跑向高速公路。他追上她,把她拖回拖車,然後用他的皮帶把女孩綁在火爐上。他就這樣把女孩丟在那裡,然後慢慢走回床上:只是躺在那裡,聽著女孩的尖叫。還有他兒子的尖叫。他突然有點被自己嚇到,因為,他已經不再能感覺到任何東西了。現在他所能想的一切,就只有睡覺。而這麼多年來的第一次,他希望自己是在遙遠的他方,遺落在一廣袤、深沉的國度:一個沒有人認得他,不存在語言或街道的地方。於是他真夢見了這個國度,在甚至還不知道它的名字情況下。當他醒來時,他渾身浴火。藍色的焰火爬上他的床單,他穿過那火焰,跑向這世上他所愛著的唯二兩個人:但他們已經不在了。他的手臂在燃燒,於是他奮力把自己的身體往屋外拋去,在溼透的地面打滾。然後他就開始奔跑。ㄧ眼也不曾回頭望向火焰,他只是不停地跑。他不停地跑,直到太陽升起,直到他再也跑不下去。當太陽再次西下,他便再次開始奔跑。整整五天,他就這麼不停地跑著,跑著,直到身邊一切的人的痕跡終於全部消失殆盡。

2016年7月17日 星期日

〈華山,臺北〉


「靈魂的觀察者不可能真正透入靈魂,然無疑地他終能與其邊界產生些許接觸。理解了那接觸,也就體認到即使是靈魂本身也對自己一無所知。因此靈魂必然是不可知的。這其實不必然是件悲傷的事,要是在靈魂之外還存在著其他東西的話:然在那之外卻什麼也沒有。」

「彌賽亞只有在自己不再必要之時才會降臨。他將在其復臨的翌日到來 ; 他將不在末日降臨,而只在那最後的一天。」                                                                                                                                                                                                        ——卡夫卡,《鄉村婚禮籌備》(Gallimard, 1985)


在文化創意還未列管
受保護,以利販賣的
洪荒時代
大草原已經存在。

那時,星夜下的煙囪已然廢棄
我們仍爛漫地相信魔術與花,信仰
智識傲大的擬人而非其
求索自身。

而生活也曾經簡單:
那是多麼適宜作為開端——
在所有被制服的寂寞焰火般嘎然而止——的時刻啊
(某部份的我竟有過明確的未來:橫過草原,
往那黑暗的更深、再深處——從你手心到你底心的最短距離?——直直探去)!

「一種觸電般的感覺」

(如果從未嚐舐
我就不可能濕去. . . )

背負著「無」的重量在場
電影開演,兩根半煙燃盡夾縫那
未曾開端,已經終結的傷停時間
(無用一如夜車踅過大城紅燈區)
我將再次逆流魚游大草原*
向著我心隧道盡頭
光洞閃爍的你死去

「一種觸電般的感覺」

(如果未曾濕去
我就不可能妄覬。)



*現在,儼然已是座無煙健康公園

                                                                   

2016年6月11日 星期六

"Labyrinthe" par Yannick Hannel

Le labyrinthe, la cathédrale de Lucques


Car un labyrinthe n'est pas un territoire où l'on se perd; c'est un lieu où l'on revient sur ses pas. On y marche comme j'écris ce livre, c'est-à-dire à pas de loup. On avance à tâtons, sans savoir si ses efforts donnent sur une cloison, ou une ouverture. Chaque décision se résorbe dans un cul-de-sac, ou découvre une issue de secours.

Chaque instant raconte cette lutte, toujours renouvelée, entre l'impasse et l'issue; le moindre instant remet en jeu ce qui a été gagné: il vous expose à la ruine autant qu'au triomphe. 

Vous êtes concentré sur des détails, une inflexion suffit à vous sauver, ou à vous perdre: le labyrinthe vous oblige aux nuances.

Vous cherchez depuis longtemps la sortie, mais il est probable qu'il n'existe rien en dehors du labyrinthe: le labyrinthe est à la mesure du monde, c'est-à-dire chaotique, retors, aléatoire, et sans mesure. Ainsi ne s'agit-il pas d'en sortir: il n'y a que lui.

Une nuit, à Belleville, en rentrant chez moi, je croise un fou. Ses yeux sont rouges, sales; je le sens capable de tout. Il sort un couteau, la stupeur me paralyse. Il tend la pointe du couteau vers mon cœur, et y trace une petite croix. Il me dit: « Aimes ton labyrinthe » — puis il éclate de rire, et disparaît. 

Le labyrinthe existe afin que vous cessiez de croire aux murs. L'obstacle n'est qu'un détour. Les pièges vous réservent des clartés. Je ne suis pas prisonnier de ma raison: le labyrinthe est la forme que prend dans ma vie l'acheminement du langage. 

Une phrase m'accompagne depuis que j'ai écrit le premier chapitre de ce livre: « Celui qui n'a pas fait le tour de la vie avant de commencer à vivre n'arrivera jamais à vivre. » Je ne sais pas de qui elle est —Nietzsche? Kierkegaard? Blanchot? Peu importe: sa clarté vient à mon aide. Grâce à elle, je comprends que cette première journée condense les expériences où ne cessera de s'accomplir ma vie: elles sont déjà toutes là, réservées dans la pliure d'un samedi. 

Il existe une pensée qui ne se laisse pas penser; elle s'offre sous la forme d'un tourment sans objet, lui-même insaisissable: en prenant toujours plus de place, ce tourment s'étend à chacune de vos expériences, les exténue, ou au contraire les illumine. Je n'ai pas de nom pour ce tourment, encore moins pour cette pensée; d'ailleurs je n'en veux pas: un nom — Dieu, l'être? —, en comblant le vide, y étoufferait ce qu'il y a de plus libre. Cette pensée qui ne se laisse pas penser, il ne me viendrait pas à l'idée de vouloir la dompter: au contraire, elle anime ce qui m'échappe avec la vigueur de l'éclair. Alors bien sûr que j'erre un peu (la certitude m'est interdite); mais cette errance accorde des richesses à celui qui accepte de n'être sûr de rien. 


— in Le sens du calme (2011)  

2016年5月21日 星期六

"Le vertige" par Olivia Rosenthal

Yves Klein, Saut dans le vide (1960)



J’ai le vertige.
Depuis que ma sœur s’est jetée par la fenêtre, j’ai le vertige.

Quand on se jette du septième étage d’un immeuble parisien, sans matériel particulier pour freiner sa chute, on le fait pour mourir. 
Parachutes, deltaplanes, ballons, corde, mousquetons, aile, cape, filets, toiles, tapis, matelas
les moyens ne manquent pas d’éviter le pire
si donc on n’utilise pas tous les moyens pour survivre 
c’est qu’on se jette pour mourir. 

Je me penche, je vacille, je bascule, je lâche, je plonge, je me renverse, je chute, je tombe, je cogne, je percute, je me heure, je me brise, je m’endommage, je me fracture, je me fracasse, je m’ouvre, je me défais, je me disloque, je me déchire, je me désagrège, j'éclate.

Vertigo est un mot latin signifiant étourdissement. C’est aussi le titre d’un film. Vertigo le film raconte l’histoire d’un homme qui par deux fois essaye de sauver une femme de la mort et par deux fois échoue. Par cet exemple, on voit que la fiction dépasse la réalité puisqu’une même femme peut se défenestrer à deux reprises (ce qui est rare) et peut, ce qui est plus rare encore, mourir deux fois de suite. Le cinéma amplifie donc la puissance des drames humains en les redoublant. 

Il n’est pas impossible, bien que dans mon esprit la chronologie des faits demeure incertaine, que j’aie éprouvé le vertige avant l’événement dont je vous parle.

Avez-vous le vertige? 
Si vous ne l’avez pas, dites-moi à quoi vous pensez quand vous penchez la tête par-dessus la balustrade, quand vous marchez sur un pont suspendu, quand vous montez sur une échelle de corde, quand vous longez une falaise par grand vent, quand vous suivez un sentier de crête le dont le sol est friable. À quoi pensez-vous? À autre chose sûrement, sûrement à autre chose. Et si vous pensez à autre chose, ne risquez-vous pas par distraction, inadvertance, trop grande confiance en vous, par imprudence, ne risquez-vous pas de tomber?
Si tu as le vertige
tu chutes
et si tu n’as pas le vertige
tu chutes aussi. 

Le vertige m’avertit, il me prévient, il est mon compagnon de vie
il ma rappelle, au cas où je l’oublierais, que sur certains trajets bien spécifiques dans lesquels le vide vient me narguer et me sourire, il me rappelle que je pourrais, je pourrais tomber 
que cela pourrait m’arriver à moi
je pourrais, moi qui vous parle, bien ancrée au sol comme je le suis, bien attachée à mon existence
je pourrais moi aussi trébucher.  
Mais grâce à ma pensée exclusive
à ma concentration exclusive
à ma tristesse exclusive
à ma angoisse exclusive
à ma crainte exclusive
à mon histoire exclusive 
que je veux bien partager avec vous grâce à tout cela
j’avance précautionneusement sur cette terre et je suis emplie, dans bien des circonstances, d’une telle quantité de terreur que je ne peux plus avancer 
c’est ce qu’on appelle le vertige 
le vertige paralyse celui qui y confronté
et plus il es paralysé plus il a le vertige
car il est arrêté au milieu du vide
et le vide l’appelle et l’aspire 
le vide lui fait des signes 
il sait que le signes est un piège auquel il faut résister 
mais il sait aussi que s’il plonge
cela mettra fin au vertige 
à cette sensation intense et douloureuse 
sur laquelle il n’a pas prise 
alors il hésite 

et comme il ne pense qu’à cette hésitation
cela augmente encore son vertige 
au point qu’au lieu de le protéger du danger de la chute 
le vertige tout droit l’y conduire 

Dans Vertigo, celle qui tombe et celui qui a le vertige sont bien distincts, l’un tombe quand l’autre a le vertige, l’un tombe parce que l’autre a le vertige.

C’est moi qui a le vertige, c’est elle qui tombe 

Quand j’ai le vertige, je me représente en bas
je suis déjà en train de tomber dans le vide 
par accident
toujours c’est par accident que je tombe 
je me représente en bas
en train de m’écrasée avant moi
et le fait d’avoir dans ce domaine un antécédent familial
n’aide pas
c’est même le contraire 
j’ai d’autant plus le vertige que ma sœur est tombée avant moi
avant moi, dis-je, comme si je devais moi aussi 
par fatalité 
succomber à l’attirance du vide.

Au bord du précipice 
au bord
à un pas de la mort 
il suffit d’un pas
le vertige, c’est d’avoir peur de le franchir 
et de le désirer 
de ne penser qu’à ça tout le temps où l’on reste au bord 
de ne penser qu’au seul fait qu’on est au bord du vide 
de sorte qu’on finit par douter 
du rôle que joue le vertige 
symptôme, effet, avertissement, désir.

Symptôme:
c’est quand le corps parle 
mon corps parle 
il me dit quelque chose 
sur les montagnes, à l’appui des fenêtres, dans les cages d’escalier, mon corps, pendant des années, me dit quelque chose que je n’entends pas, que je ne comprends pas
pendant des années, je n’écoute pas mon corps 
je fais comme si je n’avais pas le vertige 
je feins d’ignorer que mon cœur bat plus vite, que mes jambes tremblent, que j’ai la bouche sèche, que je transpire 

Je passe à travers le vide 
c’est un exploit qui me coûte beaucoup
qui pompe toute mon énergie 
après je pleure 
je ne sais pas si on me comprend, je ne me comprends pas moi-même. 

Effets secondaires: 
le reste non plus, je ne le comprends pas
par exemple
la vue du sang m’est insupportable, je m’évanouis 
l’idée qu’un corps puisse perdre son intégrité 
coupures, ouvertures, saignements, démembrement, blessures
me fait perpétuellement frémir.

Vingt-deux ans on passé
depuis que ma sœur s’est jetée dans le vide
mais il n’est pas impossible 
bien que mes souvenirs soient devenus flous 
que j’aie éprouvé le vertige 
du temps où elle était encore en vie
et où ni elle ni moi ne savions 
qu’elle finirait par heurter le sol 
à la vitesse 
que les lois de la mécanique 
définissent 
pesanteur oblige.

Je pose ma tête sur l’oreiller 
je ferme les yeux 
je m’endors 
plutôt non 
je ne m’endors pas 
j’écoute 
j’espère 
j’attends 
j’attends le moment où mon corps 
me laissera en repos 
se calmera, s’apaisera, se détendra, se décontractera, se relâchera, se délestera, se déchargera, s’allégera, s’abandonnera, se livrera, cédera, quittera, renoncera,s’absentera, disparaîtra, plongera, chutera
je me réveille toujours avant qu’il ne s’écrase 
sur le macadam
avant qu’il ne se disloque 
sur la chaussée 
avant qu’il ne se brise
sous l’œil horrifié et stupide des passants. 

Dans mon sommeil
je tombe
c’est un cauchemar récurrent que je fais 
quand je suis allongée sur le dos.

Pourtant je dors beaucoup
je dors longtemps 
je dors profondément 
et dans mon sommeil
je tombe.

Vertigo raconte l’histoire d’une femme qui était blonde et qui devient rousse. Vertigo raconte l’histoire d’une femme qui change de couleur de cheveux. 

Petit à petit 
je m’habitue à l’idée 
que je suis composée 
que nous sommes composés 
de notre histoire 
une histoire qui commence avant nous 
et par laquelle nous sommes traversés 
une histoire 
qui nous traverse 
petit à petit 
je m’habitue à l’idée 
que je suis traversée.

Je suis blonde
mais ça, vous ne le savez pas
alors je vous le dis 
croyez-moi
je suis blonde 
elle était brune
je veux dire 
dans mon souvenir 
on nous présentait comme telles 
voici la blonde
et voici la brune 
mais ça pouvait être aussi dans l’ordre suivant 
voici la brune 
et voici la blonde 
ça dépendait des fois 
je veux dire 
pas pour la couleur des cheveux 
pour l’ordre. 

Si le corps est lancé trop vite
il devient aussi dangereux 
qu’un projectile
on peut donc avec son corps 
écraser d’autres corps 
avant de s’écraser soi-même 
c’est ce qu’on appelle 
le hasard 
il frappe là où on ne l’attend pas
et tue 
à l’aveuglette. 

Je n’aime pas beaucoup
qu’on me raconte 
des histoires 
de saut à l’élastique.

Il n’y a que dans les rêves que les chutes ne sont jamais interrompus 
par l’impact 
il n’y a que dans les rêves que les chutes 
durent 
rêver que l’on chute 
qu’on tombe indéfiniment 
sans que jamais cela ne s’arrête
c’est rester optimiste.

Vertigo est un beau film 
c’est un film à recommander 
en priorité 
à ceux qui ont raté 
ce qu’ils avaient entrepris 
ou qui regrettent 
de n’avoir pas agi 
en temps utile 
c’est un film qui plaît moins aux innocents 
qu’aux coupables.

Le vertige me lie à toi beaucoup plus fortement 
que mes souvenirs
tout le reste 
images et voix 
dans l’air doucement 
se dissipe 
mais le vertige reste et grandit.

Les faiblesses des gens 
les rendent sympathiques.

Quelle est votre faiblesse 
et à quoi 
silencieusement 
vous lie-t-elle?
Dites-moi quelque chose
qui soit autre chose 
que le vertige 
dites-moi quelque chose 
qui soit moins triste 
dites-moi quelque chose 
qui me fasse rire.

Du haut du septième étage tu te jettes 
et je ne peux rien faire 
pour te retenir. 


Andreï Tarkovski, Andrei Roublev (1966)

2016年4月19日 星期二

"Feeling the Space" by Yoko Ono

At YOKO ONO: Lumière de l'aube (Musée d'art contemporain de Lyon, 16/04/2016)

        A man came up to me and said "May I shake hands with the hand that shook hands with John Lennon?" 
        I said, "Well, we've done a lot of things in our time but we haven't got around to doing that yet . . . so what are you going to do about that?" 
        He just mumbled, sort of, and shook my hand anyway. Hey, yoke, yoke, yoyo, yoho! A is for Anger, B is for Brute, C is for Cunning, D is for Death. Actually, I'm a Lenny Bruce married to Greta Garbo, if you must know. Two people in love never shake hands. 
        The shortest distance between two dots is a direct line. Direct line is out of order. Snow in New York City—in our heads. Central Park is still summer. The air smells wise and tender. It surrounds me without giving me any pressure—like a kind friend. It makes me feel innocent again. 
         I was never able to get hold of my mother without touching her manicure and fur. My father had a huge desk in front of him that separated us permanently. There was always such a space around me. I would play sitting in the deep gaps between tall and fat chairs. I never liked ringing the service bell because it often made me realize that there was nobody at the other end. 
         In the middle of the night I wake up in the dark. Is this Tokyo, London, where is it? It doesn't seem to matter as long as it's on this globe. Would I care if it was on the moon? Yes, I think I would be lonelier then though I don't know why. Sometimes the moon looks closer than Tokyo. What would happen if I called my mother now. Would I hit her manicure again?
         The phone is glowing in the dark like an entrance to a mysterious space. Is there anything that is real I would hit if I reached into space through that wire? Shall I call my cousin? What time is it in Paris? I might wake up the woman he is with. Curse the day when I was taught to be considerate—it's so much like death. But that was decades ago. Now there's nobody in Paris to call. 
         I think of this friend and that friend. I want to call them and tell them how beautiful they are, how much I love them, how much I care for them . . . and, that when I said this, I actually meant that. What I really wanted to say was . . . but I just couldn't . . . and if I had . . if I had . . .
         Why is calling somebody such a difficult thing to do? They say if you write your thoughts down on paper you don't have to send it. They get the message anyway. Shall I do that? I doze off for awhile. I'm up again at dawn. I feel something strange is happening that I can't put my finger on. At the breakfast table, I find that one of the friends I wished to call had died during the night. What if I had called and spoken to her? Would it have changed anything? Things that I wanted to tell her . . . they'll never be resolved now. Never is a long time. Maybe death has resolved it all. 
         Don't leave me words, they haunt me. Leave me your coat to keep me warm. I like secondhand clothes because that is like wearing a person. 
         I miss you. I've written twenty letter to you in my mind but never mailed them. Anyway, I don't know your address. I don't even know your name. And if you do exist, why should you care about me? —an electric fan. 
         A musician came up to me and said he was very glad to work with me, because he liked foreigners. 
         "Foreigners?"
         "I mean, foreign people, specially the Oriental people." 
          I was going to snap back and say, "Well, I like to work with foreigners, too," but then the whole thing suddenly hit me as being so funny, and I just said something to thank him for liking to work with foreigners. It's hard to remember about you slanted eyes and your skin in the melting pot of a recording session, but I suppose that is the first thing that hits them when they try to communicate. "That Jap. you never know what she's thinking.” Next time you meet a "foreigner," remember it's only like a window with a little different shape to it and the person who's sitting inside is you. Anyway, in my mind I'm a singing Sylvia Plath, half her head out of the gas stove still looking for a pencil to write her last beauty. 
          In the evening I watch the city lights from my apartment that hangs in the air, and become overwhelmed with the incredibility of it all. Behind each shining dot, there is a room, an apartment, a person or people who are all having a life show of their own. Every person's life can be a book thicker than an encyclopaedia and still you couldn't explain all that they took to survive. I would probably not meet even one-thousandth of those people. The odds of not meeting in this life are so great that every meeting is like a miracle. It's a wonder that we don't make love to every single person we meet in our life. We take meetings like riding a cab. You know that you would probably never meet the driver again. Yet if the car crashed, that driver is the person you are going to die with. In fact, your life is in the driver's hands while you're in the car. But when you get to the destination, you give a bit of metal and slam the door behind you.   
          When I'm on the stage, I freak out thinking about the strangeness of the gathering. In four hours or so all the seats would be empty again. In ten years nobody would remember that these people were here, or it wouldn't matter to anybody. In a hundred years, they would all be dead. 
          People say that for the last five years I had been a hate object of the world. It was sort of fashionable to put me down. You don't hurt me though, because I know you and I love you. I can take hatred, because I don't believe that people are capable of real hate. We are too lonely for that. We vanish too quickly for that. Do you ever hate a cloud? How could anyone hate people who are on their deathbeds? That's where we all are since the day of birth. 
          Hate is just an awkward way of love. We spit on people when we want to kiss them. We hit them when we only want to be held. We talk about misunderstanding and hurt. But how could we hurt or misunderstand each other when we are so much alike, when we are the only people who share this world for this decade, this year, this day, under the same sky? Deep down inside, and far outside, none of us really misunderstand anything. We don't miss a trick. We know. But we all pretend, to ourselves and to others, that we don't. 
          All we have to do is admire each other and love each other twenty four hours a day until we vanish. That's what we really want to do. The rest is just foreplay to get to that.
          "I told 'er she should quit working' now, ya naw, now that she's married. An' you know what that bitch said, she said, 'would you quit working if you ever got married?' I mean, what's gonna 'appen to the music industry?" In my mind I'm really an eternal sphinx. 

          Shake my hand for what it's worth. There is a wind that never dies. 


(Published in The New York Times, August 24, 1973)